Le triangle dramatique de Stephen Karpman.

Lors de mes consultations en nutrition, je suis souvent amené à évoquer le triangle dramatique de Stephen Karpman.

Définition du triangle dramatique :

Les personnes en surpoids, addictes à la nourriture, mais aussi à la cigarette, à l’alcool, etc…souffrent souvent du syndrome du Sauveteur.
Elles se sentent obligées de « sauver « de soutenir de manière récurrente des personnes qui se présentent comme victimes d’une situation. Immédiatement, leur premier réflexe est de proposer aide et solutions. Il y a un feu à éteindre ! Pompier de service !

Les personnes justifient ce phénomène en expliquant que c’est dans leur nature. Je leur réponds qu’à priori cela se situe plutôt « dans leur disque dur ».

En effet, c’est parfois dès la naissance, voir avant même la conception que ce mot d’ordre est imprimé.

Voici une histoire qui illustre ce phénomène.

J’avais une amie qui, atteignant ses trente ans, me dit qu’elle vient de rompre avec un garçon, le père de son enfant à venir. Elle est enceinte de deux mois et le futur papa lui a demandé d’avorter.
Tu comprends, me dit-elle, j’ai toujours été plus ou moins déprimée et cet enfant sera mon rayon de soleil!
Son Prozac, ai-je pensé immédiatement. Cette petite fille à venir a toutes les chances ( ou malchance ) d être à vie le soutien psychologique des humeurs de sa maman. Elle sera gratifiée si elle réussit, culpabilisée, mortifiée, impuissante en cas d’échec.

Autre exemple du triangle dramatique

 l’ainée d’une famille de huit enfants à qui les parents ont assigné le rôle de « petite mère ». Ces derniers sont très occupés, eux-mêmes ont été soutien de famille dans leur enfance et sont débordés aujourd’hui.
Aide-moi, lui demandait et répétait souvent sa mère ! Et la petite de 5 ans est très fière d’occuper ce rôle.

Plus tard, à ses dix ans, les parents finalement confient toute la famille à une tante en faisant promettre à la petite de bien s’occuper de ses frères et soeurs. Ils disparaissent symboliquement en tant que parents ! Toute sa vie durant – elle me consulte à 42 ans- elle respectera cette assignation.
Entre-temps, elle s’est mariée, a eu deux enfants.

Elle se décrit comme une maman très disponible et attentive, une épouse au taquet ! Nous constaterons ensemble qu’il n’y pas de temps pour elle. Je me rattrape le soir quand tout le monde est couché, sourit-elle. Je me rue sur le chocolat au lait, les gâteaux, les glaces, enfin tout ce qui est sucré. C’est irrépressible, se plaint-elle. Je n’ai pas de volonté !! Elle est venue en consultation dans l’espoir de perdre 20 kgs.
Lors d’une consultation, elle se plaint que ses frères et soeurs, qu’elle aide régulièrement, ne se sont pas manifestés alors qu’elle leur avait demandé un service.
C’est souvent ainsi. Le Sauveteur se retrouve seul.

Dernier exemple du triangle dramatique

Un patient, industriel de 65 ans, vient pour prévention cardio-vasculaire. A déjà subi deux infarctus. Ancien gros fumeur, se décrit comme stressé. Pas de temps pour soi. Trois entreprises. A du mal à déléguer. Veut revoir sa façon de s’alimenter.

En l’interrogeant, il avoue devoir s’occuper 1) de son jeune frère, 60 ans, paralysé suite à un accident vasculaire cérébral depuis 3 ans .2) Du couple de son frère handicapé qui va mal depuis. 3) De son fils de 30 ans, pas trop sérieux, qu’il faut aidé financièrement.4) Deux pensions alimentaires en cours. 5) Un associé défaillant à conseiller souvent professionnellement et dans sa vie privée.

Ces exemples sont caricaturaux et pourtant bien réels. Je connais ce processus de fonctionnement l’ayant moi-même vécu et soigné ultérieurement grâce à un travail de thérapie.

Il y a des degrés dans l’implication du Sauveteur.

Du simple service répété, à l’aliénation extrême.
Une partie de la personne souffre des conséquences de ce mode de fonctionnement ( moi aussi j’existe, j’ai besoin d’aide, je ne suis pas si fort que cela ) et l’autre est rassurée d’obéir « au disque dur » c’est-à dire en fait d’obéir aux directives parentales imposées dans l’enfance ou décidées devant certaines situations. La peur de ne pas être aimé… Etre aimé pour ce que l’on fait mais pas pour ce que l’on est.

Je pourrais multiplier les exemples rencontrés, au cours de ces consultations.
Les patients viennent pour perdre du poids avant tout et rien d’autre.
Les personnes ne font pas le lien entre cette situation de Sauveteur et leur prise de poids. Au contraire.

« Je me sens bien quand j’aide les autres confient-ils et je culpabilise si je ne le fais pas. C’est dans ma nature ».

Non, en fait, je compulse parce que je suis fatigué, stressé ».
Et pour cause.

Le triangle dramatique décrit par Stephen Karpman est très subtil. Venir en aide ponctuellement reflète un élan d’empathie mais lorsque c’est automatique, réflexe, récurrent et chronophage à l’extrême, il y a lieu de s’interroger et de vérifier si par hasard on ne serait pas dans le triangle.

Pourquoi sortir du triangle dramatique ?

je pense qu’il n’est ni bon pour le pseudo-Sauveteur, ni bon pour la pseudo-Victime. Cela ne fait que renforcer leurs croyances psychologiques de fatalité pour l’un et de dépendance pour l’autre.

Etre dans le Triangle du Sauveteur implique de manquer de temps pour soi, d’argent pour soi, d’intimité et d’amour. Toutes situations sont dirigées vers l’autre, de façon réflexe. Cela ne veut pas dire, une fois de plus, que l’on ne doivent pas s’occuper des autres mais la récurrence doit se faire se poser des questions.

Le Sauveteur devient d’une façon ou d’une autre Victime de la situation. Entre-temps, il est passé par la case Persécuteur ou ressenti comme tel par la personne aidée.
Il faut comprendre que le Sauveteur a en général plusieurs personnes à secourir ». Famille, conjoint, collègues, amis, etc… Il en a marre. Il faut que ça bouge !!
Tous des bras cassés ma parole!! Heureusement que je suis là, pense-t-il.

La Victime, qu’il faut aider indéfiniment selon le Sauveteur, trouve que celui-ci exagère tout de même, jamais content, il râle toujours, pas très drôle.

Il en veut à son Sauveteur qu’il trouve parfois Persécuteur ou parental et devient lui-même persécuteur, rebelle, visé vis de son Sauveteur, en ne suivant pas ses conseils par exemple.

Karpman propose un balisage très concret pour en sortir.

Lorsque l’on fait pour l’autre « sans plaisir réel » .
Sans demande explicite de la part de la personne plaignante.
A plus de 50% quelque chose qui ne nous concerne pas directement.

Ces trois signaux signent à coup sûr cette problématique.

La bonne nouvelle est que cela se soigne. J’en suis témoin.

Première étape: je prends conscience que j’entre dans le Triangle.

Deuxième étape: je vérifie que tout se passe bien comme précédemment décrit.

Troisième étape: j’apprend à dire « non ».

J’appelle cette démarche « Libérer l’Enfant « qui est en soi, car c’est en effet très libérateur, voir salvateur au sens propre et figuré du terme.

Un cours sera ultérieurement proposé sur ce sujet.

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